Marc Bourlier, ou la tendresse de l'homme des bois 

À le voir si clair, si calme, si sûr et si solide, imaginerait-on combien de vies il a déjà parcourues ? 
 
Né en 1947 à Saigon, il passa ensuite sa jeunesse entre l'Afrique, l'Amérique du sud, l'Asie à nouveau où Pondichéry le prédestinait sans doute à quelque réincarnation ?.., mais aussi bien, après tant de paysages et de lumières traversés, a-t-elle formé, et là le doute n'est pas permis, son goût pour la couleur. 

C'est ce qu'il a affirmé, d'emblée, après avoir tant admiré Calder, Miro, Braque ou Léger, quand il se fit peintre. Iris Clert, la première, a montré ses « taches » et ses recherches sur l'infini de la tache, celle que déjà Léonard voulait comme Œuvre suprême... N'entendons pas que le jeune artiste s'en soit remis là au hasard; à la suite de l'Action painting de l'époque. Non. Il dirige l'aléatoire de la matière qui glisse pour lui donner quelque vraisemblance, pour lui donner visage, ce visage, en effet infini de tous ces hommes qu'il a côtoyés, ces hommes de couleurs qui lui ont fait découvrir le monde, auprès de qui, il cherche alors sa propre identité. 
 
Noyé dans trop de couleurs, enivré de couleurs, pour en cela avoir suivi Baudelaire -« Enivrez-vous, de vin, de poésie ou de vertu, à votre guise »-, il aspira soudain à quelque repos. Apparurent alors  « les dames grises », souvenir d'une tendre grand mère ? 
Mais elles aussi envahirent sa vie, et, dans l'étourdissement d'un « manège de bois »  peint qu'Iris Clert présenta à la FIAC de 1985 -Bourlier n'a pas trente ans-, ces silhouettes insolentes et sans âge s'évanouirent et lui échappèrent à jamais, pour rejoindre, peut-être, un univers de bande dessinée d'où elles semblaient avoir mystérieusement surgi. 
 
En 1986 il montre, à Bruxelles, une incroyable série de figures de « stars », imaginaires, mais trop « déco ». Malgré leur succès, il les abandonne brutalement quand il en prend conscience et amorce une longue période de presque dix années d'un travail sur carton ondulé; se succèdent ainsi les « microsillons » et les « pictogrammes » comme autant de signes insouciants et joyeux où toujours la couleur prend la part belle. 


Si radicalement nouveau dans son Œuvre, ce qu'aujourd'hui nous connaissons de Marc Bourlier semble être le fruit d'un hasard enchanté, un heureux jour de 1995, quand sur une plage de Normandie son regard fut capté par le premier de ces mystérieux petits bois flottés que la mer, sans se lasser, et telle une offrande, avait déposés.

Le geste d'appropriation que sa curiosité a suscité marque Le passage de l'artiste à la non couleur, dans la troisième dimension, ou dans la « presque » troisième dimension : Bourlier, s'il n'est plus peintre, n'est pas encore si vite sculpteur. 
 
Le seul point commun qui lui reste alors en repère centre toujours l'élément humain au cœur de sa nouvelle démarche : vont naître de ses assemblages des myriades de petits bonshommes, sagement ordonnancés dans des tableaux où la matière se donne à toucher, où les aspérités du bois vont seules donner l'idée des couleurs. Mais quelle somptueuse matière, tour à tour mate, douce ou rebelle qui nous nargue du lointain de ses origines ; qui, de quel bout du monde a échoué là, à portée de main, parce qu'il était temps de se poser , que son destin lui a fait accepter cette dernière halte, à la rencontre de la mer, de la terre, et du regard d'un artiste aimant . A ce stade de sa création, Bourlier, ni peintre ni sculpteur, est le poète qui transcende de pauvres rebuts en glorieux petits personnages. Il les imagine tour à tour tendres ou drôles, tristes ou convenus, et les fait vivre dans des familles qu'il compose avec grand soin, comme pour conjurer le hasard qui, au fond, a décidé de tout. 
 
Peu à peu, ils s'enhardissent, et paraissent seuls, échappés du bas relief, tels de vraies rondes bosses ! Ils s'affirment, fanfaron ithyphallique, doux rêveur, bel indifférent, séducteur... 
 
À peine peut-on sentir l'intervention du sculpteur : une légère scarification, un point de creusement, et l'expression naît d'un geste minimal ; un ajout ? Peut alors paraître la facilité de l'anecdotique. 
 
Bourlier ne s'y complaira guère. La toute dernière belle série des bâtons de fécondité magnifie ses petits êtres qui nous ressemblent tant, les métamorphose en prophètes, porteurs d'espérance qui, du haut de leur tige noueuse, président à notre avenir. Bourlier s'est souvenu qu'en Afrique, la jeunesse plante de tels bâtons pour obtenir du ciel profusion des récoltes, abondance d'enfants ?...  Aujourd'hui, à Paris, il perpétue le geste, pour que sa création nous soit gage de bonheur. 
 
Lionelle Courbet-Viron
mai 2004 

Marc Bourlier, les grandes dates 

BOURLIER, Marc 
Né le 11 août 1947 à Saigon, Vietnam ; vit à Paris. 
 
Type(s) : Galeriste 
 
Technique(s) : Peintre - Sculpteur 
 
Présentation : Il s'éloigne lentement du pop*, tout en en restant imprégné. Les formes de ses compositions se détachent nettement, se répètent pour mieux se rendre lisibles. Elles se rangent en théories,avec une importance donnée à l'éclairage artificiel qui balaie la nuit d'un faisceau symétrique. Avions dans le ciel, voitures frontales, piétons dans la rue, dont on ne voit parfois que des sections différentes, comme sur un jeu de cubes en désordre, longeant les murs de leurs formes fuyant quelque limier. Et aussi cet écorché de paquebot, où les lumières qui portent à l'extérieur se mêlent aux ombres parcourant les coursives. Il peint aussi, fragmentés, les pictogrammes urbains, panneaux routiers, chiffres, et graffitis*, reconstitués en compositions, (1998). Auteur d'art brut*, Il fabrique des panneaux à cases irrégulières, dont les montant extérieurs comme intérieurs sont soigneusement ficelés avant d'être peuples d'une foule de figures, corps et visage, l'en bois de récupération ; le corps est brut, le visage perforé de trois trois autour d'un relief de nez, (2009, 2011). 
 
Expositions : 1980, Iris Clert, Paris; 1998, 2011, Béatrice Soulié, Paris 

"Avec le manège puis les stars qui allaient succéder, Marc Bourlier profilait la figure en la découpant dans le bois. Il s'agissait de déterminer les contours de la forme et, au -delà, de lui assigner une dimension volumétrique destinée à conforter son assise dans l'espace. A l'intérieur du Champ ainsi défini, le matériau était envisagé dans sa surface, autrement dit comme un support mis en forme, sur lequel la peinture allait s'exercer, pour donner corps à des êtres emblématiques, plus soucieux de les consigner dans des attitudes et des postures révélatrices, que d'en dresser une représentation uniquement descriptive, Marc Bourlier s'est appliqué à cerner l'essentiel combinatoire, qui leur confère reliefs et volumes. 
Ainsi, Marc Bourlier parvient-il à simuler les effets d'ombre et de lumière qui nourrissent la matière et donnent à cette écriture simple et directe tout le pouvoir expressif d'une dramaturgie perçue en étroite concordance avec son époque. "

Nathalie MAQUET (Deumeures et Châteaux, N° 49, mars 1989)


 

Œuvre de Marc Bourlier.  
 
Ces Intemporels, ces étranges personnages surgis du plus loin de la conscience, depuis toujours ils nous habitent. Tellement dans la discrétion que nous ne nous en apercevons même pas. Parfois, au centre de notre être en forme d'ombilic, nous en sentons quelque mouvement, quelque remuement qui nous émeuvent faute de pouvoir être interrogés. Alors, en notre intimité, cela fait un bruit pareil au passé, une rumeur de craie d'école répandant sa trace sur le tableau noir.
Et, pensant à cela qui nous échappe, comme par une sorte de miracle, soudain nous basculons dans un monde autre, peuplé de songes, de plumiers de bois, de pupitres de chêne, planches inclinées à connaître le monde. C'est comme une rumeur de feuilles et d'écorce, un genre de cohorte lente parmi les plis des secondes. Le temps suspendu, tellement semblable au balancement de l'essaim avec son grésillement d'abeilles. 
Les minces personnages de bois, d'abord on ne les voit pas ; d'abord on reste dans le temps d'ici, un temps aiguillonné par sa propre urgence à être. Un temps qui vrille, fore, fait son écoulement de bonde d'évier, sa chute mortifère dans quelque recoin de la terre. Un temps si peu conscient de ses propres fuites, un temps d'apories et de pertes sans fin. Et c'est pour cela que nous sommes au bord de l'étonnement, découvrant le petit peuple du bois, les minuscules marionnettes de la vie ordinaire. Si discrets dans leur vêtures d'air et de vent, si impalpables qu'on les dirait tout droit sortis de l'imaginaire. 
Alors nous faisons une pause ; alors nous laissons choir notre havresac de fantassin pressé, nous libérons nos jambes des bandes molletières qui les assignent au réel, nous avisons une souche à partir de laquelle nous confier à une vision exacte de cet univers miniature. Et nos yeux sont les coupes offertes au spectacle d'une inimitable sérénité. 
C'est le temps, d'abord, son incroyable texture qui nous parle un langage inconnu. Un temps blanc, un temps pareil au tronc lisse du bouleau, un temps de mousse et de lichen, un temps s'ouvrant selon les harmoniques de la crosse de fougère. Long dépliement de la feuillaison qui porte en elle les spores de la beauté, les graines du déploiement ontologique. Car c'est avant tout de cela dont il s'agit, de découverture de l'être en sa simplicité.
De dévoilement. De surgissement au plein du jour. Les significations qui étaient latentes, repliées sur leur germe initial, les voilà qui essaiment à tous vents les étamines du savoir, qui dispensent le seul langage accessible aux yeux des hommes, le lexique de la nature en son éternel ressourcement. C'est d'un baume dont nos yeux sont atteints, comme si la vue se libérait d'un carcan, si l'empan de la vision se dilatait à la mesure des sphères infiniment mobiles du caméléon, à leur disposition métaphorique à embrasser tous les phénomènes qui, ici et là, font leurs ébruitements colorés. Tout devient alors si évident face à cette merveilleuse armée pacifique, à cette longue procession d'idées boisées. 
Cela vient du ciel à la douce teinte d'argile, cela coule en cascades joyeuses, cela fait ses filaments le long du dos des collines, cela nous regarde avec toute l'attention commise aux choses secrètes. Cela ne dit rien, sauf le lexique de la fibre, le rugueux de l'écorce, la simplicité de l'usure aux confins du temps. Cela parle d'éternité, comme s'il s'agissait du vol de la libellule ou bien de la fuite du nuage sous la vitre polie du ciel. Cela se regroupe en cercle, pareillement à une disposition cérémonielle, à la dévotion à quelque icône qu'eux seuls, les Intemporels peuvent contempler. Ils ont cette latitude de la perception qui les maintient dans un présent continuel, aux rives infinies. 

Cela vient jusqu'au devant de nous avec des corps lavés d'eau, avec des têtes que trouent trois orifices énigmatiques, avec, peut-être une inquiétude, comme si leur temps de paille pouvait, un jour, brûler, s'effacer dans les plaines libres de l'espace. Cela demande à durer, simplement, pour témoigner d'un autre séjour auprès des arbres, du nuage, du ciel ; d'un autre écoulement des choses sur la scène des jours. Parfois, ils collent leurs oreilles à la peau du monde et ce qu'ils entendent des hommes les effraient. Alors, vite, ils retournent à leur sagesse sylvestre et continuent à toiser l'invisible. C'est celal'autre côté du temps, cette libre aventure de corps limités à n'être que branches usées, rameaux indistincts, bois domestiques anonymes, simples dérives à l'horizon des hommes. C'est toujours dans l'inaperçu que le rare exulte et fait ses milliers d'arabesques, alors que les Existants, fatigués d'être hommes, d'être femmes regagnent leurs logis la tête basse, dans un incompréhensible abattement. 

Ils sont là les minuscules génies qui veillent sur notre destin, les petites figurines que trop souvent l'on néglige de voir, tout à la hâte que l'on est de s'arrêter à la seule image de notre silhouette reflétée par l'azur. C'est tout près de la terre, au bord du ruisseau, peut être même dans l'ondoiement des herbes folles de quelque terrain vague, cela attend patiemment depuis le crépuscule du temps, cela questionne dans le rythme vide des yeux, dans l'absence de bras, de mains - mais qu'auraient-ils besoin de ces artifices, eux qui embrassent le tout du monde seulement à être présents -, cela résonne de cris non proférés, cela surgit des trous de la bouche en direction des éternels Absents que nous sommes, marchant sur notre ombre sans même en percevoir l'inquiétante densité.

Ces Intemporels, nous ne les regardons pas. Ce sont eux qui nous regardent à partir de ces postures hiératiques pareilles à celles des pierres levées. Petites effigies de la conscience, imperceptibles stèles de l'esprit, ils ne font que nous questionner sur le sens du monde dont, jusqu'à présent, nous n'avons longé que le cercle invisible, parcouru tous les méridiens, sondé tous les équateurs sans nous détourner un seul instant pour nous pencher sur ces hiéroglyphes qui n'attendent que d'être déchiffrés. Il n'est pas trop tard. Le bois est toujours disponible qui attend la gouge ! 

Marc Bourlier, sculpteur bois
 
Creations bois | Atelier Doreau | Actualités :

Marc Bourlier "Si radicalement nouveau dans son Oeuvre, ce qu'aujourd'hui nous connaissons de Marc Bourlier semble être le fruit d'un hasard enchanté, un heureux jour de 1995, quand sur une plage de Normandie son regard fut capté par le premier de ces mystérieux petits bois flottés que la mer, sans se lasser, et telle une offrande, avait déposés.  
 
Vont naître de ses assemblages des myriades de petits bonshommes, sagement ordonnancés dans des tableaux où la matière se donne à toucher, où les aspérités du bois vont seules donner l'idée des couleurs. Il les imagine tour à tour tendres ou drôles, tristes ou convenus, et les fait vivre dans des familles qu'il compose avec grand soin, comme pour conjurer le hasard qui, au fond, a décidé de tout.. 
Peu à peu, ils s'enhardissent, et paraissent seuls, échappés du bas relief, tels de vraies rondes bosses ! Ils s'affirment, fanfaron ithyphallique, doux rêveur, bel indifférent, séducteur... " 
 
Quand le hasard vous tend la main au détour du chemin, surtout ne pas hésiter... 
 
Le bois à peine effleuré, juste le temps d'y laisser un étonnement, un presque sourire... 
Une approche sensible du bois, merci Marc Bourlier. 

Pour en savoir plus sur l'Atelier Doreau, cliquez ici

Nacido en Saigón, Vietnam, Marc Bourlier pasó su juventud en movimiento entre África, América del Sur y Asia. Después de ver la luz que pasa a través de tantos paisajes, desarrolló un ojo y la apreciación de los colores y texturas de la naturaleza. Primero se convirtió en un pintor, admirando la obra de Calder, Miró, Braque y Leger. Incluso cuando trabajaba con pintura, se dice que siempre ha tenido un don para dejar al material "mostrar su propia cara." Después de una etapa en Bruselas, en 1986, comenzó un período en el que trabajó exclusivamente con cartón corrugado durante casi diez años.  











 
 
 
 

 
   
   JL.Coral 

El estilo de la obra de Bourlier que vemos ahora parece ser el producto de la casualidad: un día en 1995, mientras estaba sentado en la playa de Normandía, un pequeño trozo de madera le llamó la atención, y lo utilizó para realizar su primera pieza. Este acto de apropiación marcó la transición del artista de color a no color y de la pintura a la " casi " escultura ". El único hilo conductor de su trabajo anterior ahora es el elemento humano en el centro de su enfoque. 

Su obra está claramente impregnada de su infancia en Africa, como un chamán exorcitando las penurias de la comunidad. No muestra nunca al individuo en solitario, siempre en grupo, la arraigada convivencia africana. No interesan las emociones del ser, lo auténticamente importante es la unión de la comunidad ante una vida dura y repleta de misterios. La textura del material reseco por el paso del tiempo y las inclemencias es idonea para representar el angosto devenir de la impronta africana en su colectivo, así como la falta de color refuerza más esa sensación de hermandad, también esas ataduras reafirman su vínculo primitivo y ancestral.
Marc Bourlier

Французский скульптор Marc Bourlier родился в Сайгоне в 1947 году, позже переехал во Францию. Больше о себе ничего не рассказывает. 
В 1955 году неутомимое на приношения море вынесло на пляж Нормандии кусочек морёного дуба, прям к пытливому взору юного (8-ми лет, как показывает простой подсчёт, отроду) Марка. Удивительная фактура материала покорила парня. Кажется, с этого момента и определился выбор его профессии. 

Marc Bourlier – мастер рельефа. Мне нравится его творчество. 

tanjand March 22nd, 2013

http://tanjand.livejournal.com/362039.html

Marc Bourlier, les périodes 

1979 - 1980   Les Taches  
       
 
1980 -
1985
  Les Dames Grises  
       
 
1985 - 1988   Le Manège
 
           
1986 - 1987   Les Stars  
           
1987 - 1989   Les Anonymes
 
           
1989 - 1990   Hommage au microsillon  
           
1991
- 1992   Pictogrammes  
       
 
1993 - 1994
  Fragmentations  
           
Depuis
  1994   Bois flottés